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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 14:10

Source Mediapart


Pierre Joxe: « La gauche ne peut pas mourir »
28 AOÛT 2015 | PAR MATHIEU MAGNAUDEIX


Devant les frondeurs socialistes réunis à Marennes, Pierre Joxe, plusieurs fois ministre de François Mitterrand, a défendu avec vigueur le code du travail, « accumulation de conquêtes juridiques lentes », ironisant sur le patron du Medef Pierre Gattaz, Emmanuel Macron ou le secrétaire d'État vallsiste Jean-Marie Le Guen. « Si l'on veut entrer dans l'histoire, mieux vaut choisir la bonne porte. » Verbatim.
vité de la rentrée des frondeurs du PS qu'il soutient ostensiblement, Pierre Joxe, avocat et plusieurs fois ministre de François Mitterrand et figure socialiste, a répondu à Emmanuel Macron et Pierre Gattaz sur le droit du travail, un sujet qui lui tient à cœur. Nous publions ici un verbatim de son discours prononcé ce vendredi 28 août à Marennes (Charente-Maritime). Sur Mediapart, il avait récemment tancé la politique du gouvernement et la loi Macron :
« Édouard Martin [eurodéputé PS lui aussi présent à la tribune] parlait ce matin de syndicalistes brésiliens qui lui disent "tenez bon! l’Europe est notre modèle en matière de droit social". C’est une leçon très importante. Le droit social est une invention récente. Il n’existait pas au XIXe siècle. Il est né au moment où le capitalisme a développé le salariat et a créé des accidents du travail terribles. Les premières lois de droit social sont des lois de sécurité physique.


Ce droit social est aujourd'hui présenté comme ringard, ou pire, comme un danger. Aujourd’hui, avec les déclarations récentes de Macron, vous êtes servis par les circonstances, on dirait que vous êtes intervenus auprès de lui ! Et quarante-huit heures après, c’est Gattaz! Le patron du Medef a dit que le code du travail fait 3 500 pages. Ce sont des mensonges incroyables : la législation fiscale est infiniment plus lourde et plus complexe, plus compliquée, plus changeante et plus illisible encore que le code du travail. Sous la reliure rouge des éditions Dalloz, avec le titre « Code du travail », est publié chaque année un gros livre qui contient, outre le code du travail, toute une série de notes de jurisprudences, de commentaires. Monsieur Gattaz n’a donc jamais ouvert le code du travail !
Car si on ouvre un code du travail, on découvre ce que je vous dis, ce que tous les syndicalistes savent, ce que tous les conseillers de prud’hommes savent, ce que tous ceux qui travaillent sérieusement le droit savent. Publier des mensonges aussi stupéfiants, c’est un comportement éhonté de la part d’un responsable professionnel. Pire ! Il a dit : « Je suis heureux de constater qu'un certain consensus est en train d'apparaître parmi les responsables politiques ainsi que d'éminents juristes, de droite comme de gauche, autour de cette nécessaire évolution de notre modèle social vers un modèle économique et social adapté aux nouvelles contraintes du monde d'aujourd'hui. »


Quel « consensus historique »? Il est vrai que [Robert] Badinter a publié récemment, hélas, un livre qui me stupéfie d’autant plus qu’il n’a jamais été un spécialiste du droit du travail. « Consensus historique » ? Ce n’est pas rien! Gattaz ajoute : « Le gouvernement qui réglera ce problème entrera dans l’histoire. » Mais quel problème? Le problème du droit du travail ? Mais le droit du travail, le droit social en général, c’est une accumulation de conquêtes juridiques lentes. La première loi fut la loi sur l’indemnisation des accidents du travail de la fin du XIXe siècle. Ensuite, il y eut le repos hebdomadaire, en 1906, l’année de la création du ministère du travail sous le gouvernement Clemenceau, après la catastrophe de Fourmies où il y eut des centaines de morts. On a sorti 1 000 cadavres, mais on ne saura jamais combien il y a de morts, car beaucoup d’enfants travaillaient sans être déclarés.


Le droit du travail est né d’une série de secousses, politiques, sociales, physiques, psychologiques, émotionnelles. 1 000 morts ! À gauche comme à droite, les gens sont secoués ! Lisez les rapports, les discussions à l’Assemblée nationale à l’époque. Et dans les jours suivants, on découvre encore des vivants, on sort vingt-cinq mineurs : la direction de la mine avait arrêté les recherches parce qu’elle voulait sauver les installations au lieu de sauver les derniers survivants.


L’histoire du droit social est faite d'une progression lente, et de reculs parfois, en France, en Angleterre, en Allemagne. Cette longue histoire n’est pas regardée que par nous. Au Brésil, ils connaissent cette histoire. Je vous ai apporté un petit livre, pas cher, la leçon inaugurale du professeur Alain Supiot au Collège de France. Le professeur Supiot écrit une phrase qui mérite d’être méditée : « L’état social n’est pas un monument en péril (…) mais un projet d’avenir poursuivi sous des formes différentes dans tous les grands pays émergents. » Voilà la réalité du droit social ! (...) Monsieur Gattaz n’a pas l’air de regarder ce qui se passe dans ces pays, ça ne l’intéresse absolument pas.


(…) Le droit qui protège la vie des travailleurs, la santé des travailleurs, leurs conditions de vie, leur rémunération, leurs conditions de travail : ce droit se construit sous nos yeux. En France, on va le détruire sous nos yeux.


On ne peut pas laisser des gens plaisanter avec ces choses-là. Dire comme le fait [Jean-Marie] Le Guen, le docteur Le Guen, que « le code du travail est un puissant répulsif à l’emploi » ! Répulsif, c’est un mot scientifique utilisé par les médecins, ou par les vétérinaires d'ailleurs, pour signer une substance qui, par son odeur, écarte les moustiques ou les mouches. Pour le docteur Le Guen, qui tardivement se met enfin à la médecine, le code du travail est un répulsif à l’emploi. Mais quand il était salarié de la Mnef, il n'était pas contre le code du travail !


De cette histoire, nous sommes dépositaires. Nous, la gauche française, tous ses mouvements qui s’entrelacent et parfois s’affrontent : socialistes, communistes, syndicalistes. Nous sommes garants de cette histoire qui est celle de l’humanité. L’aspiration à la sécurité, le sentiment de solidarité, l’impression de responsabilité, ce sont des sentiments humains, qui se développent ou sont entravés par la vie sociale, l’économie, les guerres.


(…) Ne croyez pas que la gauche peut mourir. Non. La gauche ne peut pas mourir. Car les sentiments de solidarité, de compassion, de crainte sont humains et transcendent les siècles.


En France, ce n’est pas la première fois que la gauche traverse une phase de division, de dispersion. C’est ainsi depuis un siècle. Depuis la première unification de 1905, minée dès le départ par la faiblesse et la division du mouvement syndical avec la charte d’Amiens... depuis cette époque lointaine et reculée, la gauche passe par des phases de division, d’affrontements, de réconciliations. Le socialisme s’était unifié en 1905 avec la fusion de différents courants : guesdistes, marxistes, blanquistes, proudhoniens, des syndicats, etc. Jaurès avait réussi ce miracle, mis en cause par quatre événements internationaux successifs, après son assassinat : la guerre de 14, la révolution de 1917, la montée des fascismes, et la deuxième guerre mondiale.


Chaque fois, l’organisation, l’action des forces de gauche, en France comme ailleurs, a été perturbée par ces événements internationaux : division ou union autour de la guerre de 14 ; division ou union face au problème du communisme installé par les bolchéviques, avec la scission du parti socialiste au congrès de Tours ; dispersion du Cartel des gauches après la victoire en 1924, quand le parti radical, grand parti de gauche historique, lui même divisé, commençait à se morceler – et cela ne s’est pas amélioré depuis ; division et rassemblement avec la naissance et la mort du Front populaire ; division pour le choix ou le refus du régime de Vichy, avec un grand nombre de députés de gauche qui ont voté pour les pleins pouvoirs à Pétain, heureusement que certains ont voté contre ; division ou réconciliation à la Libération pour la mise en œuvre partielle ou totale, rapide ou prolongée, du programme du Conseil national de la Résistance, avec tout ce qu’il contenait dans le domaine du droit social ; division évidemment au moment des guerres coloniales et ces crimes qui ont conduit les forces de gauche, la SFIO en particulier, à se diviser, à se subdiviser ; illusion avec Mendès France que la gauche allait se rassembler, réussite du génie tactique de Mitterrand qui parvient à rassembler la gauche sur un programme…


Avec froideur, vu mon âge, mais sans indifférence, vu mon passé, j’observe que la gauche n’a jamais joué son rôle progressiste que dans l’unité. En France, c’est particulièrement difficile. Le rassemblement, quand il s’est fait, s’est fait sur une base programmatique. Le programme est toujours difficile à construire puis à mettre en œuvre. Le rassemblement a toujours été précédé, et accompagné, par des scissions, des fusions, des novations – des clubs, des structures locales. Le rassemblement a toujours été facilité par l’existence de leaders plus ou moins doués. Le rassemblement, cet accord programmatique, a toujours été long à venir, difficile à appliquer, et finalement compliqué.


(…) Mais en tout état de cause, ceux qui entreront dans l’histoire ne sont pas ceux qui tenteront de remettre en cause durablement, dans un pays comme la France, les acquis qui appartiennent à notre histoire. Ceux qui entreront dans l’histoire seront ceux qui feront franchir de nouvelles étapes, soit dans leur pays, soit dans d’autres. Il faudrait le rappeler à Monsieur Gattaz : il y a plusieurs façons d’entrer dans l’histoire. On peut entrer dans l’histoire comme Mitterrand qui a commencé à Vichy, est entré dans la Résistance – c’est nettement mieux – a traversé la Quatrième République – ce n'était pas très long –, a vécu vingt ans dans l’opposition sous la Cinquième République, et a réussi à rassembler la gauche sur la base d'un programme commun, et à faire ce qu’on fait. Cela vaut mieux que d’entrer dans l’histoire comme ceux qui commencèrent par la SFIO, avant la guerre de 14, naviguèrent ensuite dans le Cartel des gauches, sabotèrent le Front populaire, et finirent à Vichy, on sait comment... Entrer dans l’histoire, ce n’est pas un but en soi, pas plus que devenir milliardaire. Mais si l'on veut entrer dans l’histoire, mieux vaut choisir la bonne porte. »

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Published by barovin
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Foujuste 10/09/2015 04:42

Quel tallant ! si vraiment, ce retour en arrière de quelques lustres, des classiques de Krasucki et consort, devrais réveiller l’âme endormie des quelques sympathisants restants sur cette ligne des fins limiers, dont le nez exceptionnel leur permet de desceller les supposées effluves de matières fécales du libéralisme triomphant. je serais de très mauvaise foi si je paraissais désolé de la situation de décrépitude de la vielle gauche dans notre pays, et oui Marine de ce coté là est plus forte, et le libéralisme pour pas mal de hollandistes ne parai pas si infréquentable que ça !! mais ça c’est peut-être pas écrit dans l’Humanité !!!

traumatisme 09/09/2015 17:51

Il est vrai que ceux qui se font appeler "républicains" de peur que l'on oublie qu'ils le soient...rires. sont de maîtres dans la gestion. leur ancien parti UMP (Union des Moutons de Panurge) a déposé le bilan. Peut-on réellement faire confiance à ceux qui n'ont pas fait pendant dix ans ce qu'ils veulent faire maintenant. Incapables de gérer un budget de parti, une campagne électorale, sans oublier les magouilles et les casseroles judiciaires qui jalonnent le parcours de ceux qui ont entouré SARKOZY dans le département des hauts de seine (Balkany, Pasqua et CONSorts.....), département considéré comme le plus corrompu...est à même de gouverner la France. Bien d'accord sur l'incapacité du gouvernement actuel..Quant aux autres pays montrés en exemple par notre Foujuste national, il ne suffit de répéter les conneries que l'on trouve dans le figaro pour avoir raison, soit dit en passant le journal d'un milliardaire (DASSAULT) pas très net sur le plan judiciaire....L'angleterre est en friche, l'allemagne draine le plus important lot de travailleur pauvres.l'espagne et l'italie ne vont pas beaucoup mieux..seul, pour rire, Monaco semble tirer son épingle du jeu "de casino"...Si c'est cela la réussite économique,....Merci bien.. Changeons de logiciel et affrontons les grands enjeux du XXIème siècle avec luciidté au lieu de rechercher les vieilles recettes de la croissance capitaliste des 30 glorieuses....réchauffement climatiques, décroissance et toutes les conséquences induites...réfugiés climatiques, politiques, économiques.....Mais il ne faut plus lire le figaro....

barovin 10/09/2015 08:28

d'accord avec toi sur l'essentiel...Foujuste étant toujours dans la problématique binaire du XXème siècle.

traumatisme 09/09/2015 17:36

Il est v r

Foujuste 06/09/2015 09:44

Leçon pour leçon,a chacun ses arguments, force est de constater que la destruction récurante des emplois dans notre pays, alors que nos voisins en créent, nous force a admettre humblement nos lacunes, globalement on peut considérer que la majorité de nos citoyens a bien assimiler ce constat, la mise en application de mesures d’allègement du coût du travail dans la plus part des pays d’Europe, ajouté a la position inconfortable du cul assis entre deux chaises de notre exécutif, nous place au dernier rang des pays aux performances économiquement. L’histoire retiendra de cet épisode du deuxième passage de la gauche aux affaires comme la démonstration définitive de son incompétence,comme elle n’a pas su en 81 analyser les risques que la mondialisation naissante allait faire courir à nos entreprises, elle admet en sourdine la nécessité des reformer mais traine les pieds pour les faire, bercé par les “mélenchonades” d’une partie de ses électeurs kamikazes qui jusqu'aux derniers souffle n'admettrons jamais la déliquescence de l'idéologie maristes.

barovin 10/09/2015 08:39

Tout va très bien M. le marquis Foujuste dans l'Europe : Voir nouvel article de l'ong Oxfam sur plus de 123 millions d'Européens au bord de la pauvreté.
Il faut donc supprimer le code du travail, les prestations sociales, multiplier les autocars sur la route...pour pouvoir être compétitif dans l'appauvrissement des peuples...évident mon cher "watson"...il fallait y penser...le père Gattaz avec l'assentiment de Valls et Macron y pense fortement...Le brave homme, il ne pense qu'au bonheur des travailleurs....

traumatisme 05/09/2015 17:06

Foujuste a appris comme d'habitude sa leçon de libéralisme par coeur. Mais comme je le dis dans mon premier commentaire..si c'était le code du travail l'obstacle au plein emploi payé pour vivre correctement..çà se saurait....Tous les pays qui n'en ont pas devratent être les plus riches où les peuples vivraient convenablement (école gratuite, santé, vacances......). A moins que les amis de foujuste pensent qu'avoir un travail est essentiel....Je dirais pour rire que c'est insuffisant pour atteindre le bonheur, vu que les esclaves ont souvent un travail qui va au delà des 35 heures...autre mal selon ceux qui s'appellent les Républicains (histoire d'oublier leur turpitude dans l'UMP et leur absence de sens Républicain....voir aux USA ceux qui se nomment pareil sont les pires réacts et rétrogrades.....)
Non les gars, il faut changer de logiciel économique....au lieu de s'accrocher comme Macron, Sarkozyet Valls à la croisssance qu'ils ne reverront jamais....Mais cela Foujuste a du mal à le comprendre....

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