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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 08:45

Martin Hirsch, ancien Haut-Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, a présenté mercredi 14 décembre un rapport réalisé pour la fondation Terra Nova et intitulé "Pour une régulation des hautes rémunérations". Lire le rapport ci-dessous et sur le site de Terra Nova, ainsi que les onze propositions pour lutter contre la flambée des hauts revenus.

Pourquoi ce rapport ?

Parce que la question des rémunérations n’est plus juste morale, individuelle ou anecdotique. Elle a un impact "macro" sur les équilibres sociaux, économiques et les comptes publics. Cette question n’est plus dissociable du fait social et de la problématique de la pauvreté, qui est au centre de mon champ d’action. Par ailleurs, je trouve qu’il existe un gouffre entre la surenchère des dénonciations à chaque dérive individuelle… et la pauvreté des propositions globales. Les codes de bonne pratique n’ont pas fondamentalement changé la donne. Ceux qui jusqu’ici ont poussé des cris d’orfraie n’ont pas forcément intérêt à ce que ça change : d’un côté, Mélenchon : c'est son fonds de commerce ; de l’autre, l’indignation d’acteurs économiques et politiques, mi sincère mi cynique. Quant au Parti Socialiste, il a contourné la difficulté en limitant ses propositions aux entreprises de la sphère publique.

En quoi la question des très hautes rémunérations impacte-t-elle toute l’économie ?

Après l’appel "Taxez-nous" des super-riches dans Le Nouvel Observateur, l’été dernier, on a entendu des patrons dire : l’explosion des hautes rémunérations des dirigeants ce n’est pas le cœur du problème ; l’urgence, c’est que l’Etat soit capable de réduire ses dépenses. Les mêmes me disaient il y a quelques années : je donnerai volontiers de l’argent pour Emmaüs ou des initiatives sociales, le jour où il y aura un bouclier fiscal en France... . Or, les comportements n’ont pas fondamentalement changé.

Notre analyse, c’est que les très hautes rémunérations ont leur part de responsabilité dans l’augmentation des dépenses publiques. Le rapport du Conseil d’Analyse Economique de 2008 l’a bien montré : en France, la part des salaires dans la valeur ajoutée est restée stable depuis 20 ans mais les 10% des salaires les plus élevés ont capté les trois-quarts de la richesse au cours de cette période ! Les 80% du milieu ont régressé. Tandis que les 10% les plus défavorisés ont vu leur situation s’améliorer légèrement, grâce à la hausse du Smic et des prestations sociales. Du coup, pour tenter de réduire les inégalités, de maintenir la cohésion sociale en France, on a compensé ce déséquilibre par la hausse des prestations sociales. Donc, l’échappement des plus hauts salaires déclenche des dépenses publiques ! Aux Etats-Unis, ils ont essayé de compenser les inégalités par la course au crédit immobilier et à la consommation, avec les résultats qu’on a vus en 2008.

Du coup, vous estimez que c’est un sujet d’intérêt général ?

Absolument. Si on admet que ce problème a un impact sur l’économie, l’emploi, le social, on doit discuter publiquement des très hauts salaires, au même titre que du Smic. Quelle est la juste rémunération d’un patron ? Faut-il un écart maximal dans une entreprise entre les plus bas et le plus haut salaire ? Jusqu’à présent, ces questions étaient considérées comme tabou : ça ne regardait que les intéressés. Il est urgent de briser cet "entre soi". Il est à cet égard significatif que notre travail ait été co-présidé par Gaby Bonnand, responsable syndical. Parmi les onze recommandations que nous formulons, il y a la création d’une Conférence régulière sur les hautes rémunérations, qui comprendrait patronat, syndicats, économistes, etc. pour élaborer des références communes... Cela pourrait notamment inspirer des réformes fiscales plus justes ! Les plus hauts revenus profitent d’une situation exceptionnelle, mais veulent souvent bénéficier du régime mis en place dans l’intérêt général du plus grand nombre, tellement moins aisés, comme l’illustrent les retraites chapeau.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans ce travail ?

Le plus insensé, c’est l’augmentation des revenus des dirigeants de banque en 2010. On subit les conséquences de la crise de 2008, on a mis des règles sur les bonus et entendu des engagements de modération. Or, sur l’année dernière, l’augmentation moyenne est de … 44,5% !

Les patrons justifient le niveau de leur rémunération par leur bonne gestion…

On avait déjà cherché en 2009, avec Jean Gatty, la corrélation entre la rémunération des dirigeants et les performances sur dix ans de 100 entreprises moyennes de la bourse de Paris. Or, surprise : en termes de valeur créée, la corrélation est plutôt inverse ! C’est vrai aussi d’un point de vue historique : ce sont pendant les années "piteuses" en terme de croissance et d’emploi, que les rémunérations des dirigeants ont été les plus glorieuses. Bien entendu, il existe des exceptions, comme les entrepreneurs actionnaires de la société qu’ils ont eux-mêmes développée. Nous ne dénions absolument pas aux gens le droit de s’enrichir grâce à leur talent. Nous proposons cependant qu’une partie de la rémunération soit composée d’actions bloquées pendant cinq ans, délai nécessaire pour apprécier les résultats d’une bonne gestion.

Et l’argument selon lequel les dirigeants du privé pourraient quitter la France, s’ils étaient "surtaxés" ?

Peu de gens prétendent qu’il existe réellement un marché mondial des grands patrons. Il y a très peu d’exemples, la question se posant davantage pour le niveau hiérarchique juste inférieur. L’inflation des rémunérations des plus hauts dirigeants est davantage lié à la consanguinité des conseils d’administration, Ce n’est pas la "main invisible" du marché… mais plutôt le fait de "trois doigts de la main" en comité de rémunération ! D’où les propositions de faire voter l’assemblée générale et de limiter les cumuls de mandats.

Il est certes possible qu’en cas de baisse drastique des hautes rémunérations, on perde quelques bons managers, qui ont l’argent comme critère de reconnaissance. Mais, n’existe-t-il pas un vivier de talents, formés dans nos belles écoles, prêts à s’investir davantage ? Et si je puis dire, le traitement que nous préconisons, même s’il a quelques effets secondaires, a un bon rapport bénéfices/risques.

Interview de Martin Hirsch, ancien Haut-Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté de mai 2007 à mars 2010, par Stéphane Arteta, Dominique Nora et Thierry Philippon.

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Published by barovin - dans Sociologie
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commentaires

justine 31/12/2011 14:42


Je ne sais si cela se fait ainsi, mais je viens te souhaiter un bon début d'année 2012...
gageons que le St Sauveur Nicolas saura protéger la France de toutes les turpitudes et que de sa baguette magique, il donnera du boulot aux chômeurs, des logements aux SDF, enfin, toutes les
promesses qu'il n'a pas tenues depuis qu'il est Résident de la République.


Belle soirée et à bientôt.
justine

barovin 02/01/2012 07:04



Il redecouvre la France d'en bas..ou du moins les électeurs de la France d'en bas, celle qui souffre du chômage, de la précarité et de sa politique..Meilleurs voeux



TAMARYS 29/12/2011 07:04


Tiens Foujuste sert encore la messe!

barovin 02/01/2012 07:05



Tel un apôtre entièrement dévoué à la cause ds puissants... ou Un serf "chouan" moderne



foujuste 26/12/2011 11:12


la gauche moderne Européenne , on doit le reconnaître à évolué , elle à laissé derrière elle ce
qui a été  son fond de commerce et qui est devenue à l’usure, une arme stérile et archaïque ,après avoir été un  très long moment  le fer de lance de son angle d'attaque  ,je veut parler de la démagogie de l'électoralisme et du populisme, sa position
 tactique est plus adapté à le réalité ,elle consiste à s'adosser au libéralisme (qui la fait vivre) avec ,pour bercer ses électeurs, la mise en avant ,d'un programme aux solutions
intermédiaires teinté d'un réalisme pragmatiste ,derrière ces modernistes, cour une petite armé de nostalgiques la lance entre les dents arrosant les braves gens   avec hargne ,contre
vents et marais de leurs  leitmotivs désuets. 

barovin 02/01/2012 07:16



Salubrité publique...Vas-tu encore en 2012 nous distiller ta prose puisée dans "le Figaro", journal d'un gâteux de l'UMP qui n' a eu comme mérite que d'hériter d'un père grand capitaine
d'industrie et ingénieur génial. Tout le contraire du fiston qui n'est qu'un incapable...fumiste qui ne vit que grâce aux commandes de l'Etat (c'est à dire nous).Nous ne voulons plus de cette
société. Nous voulons rétablir le mérite contre le népotisme qui a conduit la société à la déliquescence des valeurs Républicaines et morales..Oui nous sommes des désuets...nous le
revendiqions...car nous refusons le pauvreté, l'illetrisme, l'insalubrité des logements, qui galopent dans notre monde alors que d'autres se nourrissent grâssement de la précarité de l'altérité.
Nous sommes encore vivants nous, nos idées fulminent pour construire le monde de demain..pas celui que nous proposent tes amis politiques qui n'est qu'austérité, privation, travail mal
rémunéré....etc...etc..du moins pour les autres...Meilleurs voeux ..et bonne santé "mentale" pour 2012 



New Dawn 26/12/2011 07:16


Cette France à deux vitesses est une honte qui, j'espère commencera à être réparée avec l'arrivée de la gauche en 2011...

barovin 02/01/2012 07:18



Les élections sont un premier acte...mais il faudra continuer à faire cheminer les idées novatrices afin de construire la société de demain, plus humaine, plus fraternelle, plus Républicaine. Ce
combat ne s'arrêtera jamais...



TAMARYS 25/12/2011 11:37


En attendant le bon coup de balai pour 2012, je te souhaite de passer de bonnes et agréables fêtes de fin d'année.....

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